Tous les mois, le logiciel installe ses quartiers libres

Depuis 2009, le Carrefour Numérique² accueille le Premier samedi du libre, une journée pour découvrir les logiciels libres, installer une distribution, c’est-à-dire un ensemble de logiciels qui font tourner un ordinateur, ou tout simplement échanger en compagnie de bénévoles. Pragmatiques ou éthiques, les motivations du public sont multiples.


Ce n’est pas la chaleur du soleil qui rayonne généreusement sur la Cité des sciences qui réchauffe la trentaine de personnes massées dans la Classe numérique, mais le ronron de leurs ordinateurs. Ce qui les a motivées à se priver des rayons printaniers ? Le désormais traditionnel Premier samedi du libre, une journée pour se former aux logiciels libres voire installer une distribution, un ensemble de logiciels qui font tourner un ordinateur, GNU/Linux ou tout simplement échanger sur le sujet. Voilà cinq ans que ce rendez-vous a lieu au Carrefour Numérique². En 1998, deux associations de défense du libre, Parinux et GCU, ont commencé à monter ponctuellement cet événement, se souvient Guillaume aka Héraclide, bénévole reconnaissable à son pétant tee-shirt orange Ubuntu, une des distributions libres les plus courantes. Frédéric « Quesh » Mandé, d’Ubuntu.fr, a proposé de le faire à une date fixe, tous les premiers samedi du mois, en 2009. L’initiative a bénéficié d’un allier de choix au sein de la Cité des sciences, poursuit Matthieu, notre médiateur de garde : Thomas Séchet, alors président de Parinux, travaillait au Carrefour Numérique².

Si Thomas Séchet est depuis parti dans un autre service, le Premier samedi du libre, PSL pour les initié·e·s, a conservé ses habitudes. La demande est là, de plus en plus forte, constate Olivier Fraysse aka Olive : Les participants étaient de 0 à 5 au début, par manque de relais, et depuis deux ans, une centaine de personnes, plutôt du grand public. Ce samedi, ils étaient ainsi près de 120.

Les attentes sont variées : Certains cherchent une solution pour éviter d’avoir des virus ou d’acheter un nouvel ordinateur parce que le leur ne supporte pas la nouvelle version de Windows, égrène-t-il. Il y a aussi des convaincus du logiciel libre, des utilisateurs en quête de dépannage, c’est devenu une solution de Service Après-Vente des Ubuntu parties, un gros événement bi-annuel de deux jours qui a lieu lors de la sortie des nouvelles version d’Ubuntu. Enfin, d’autres viennent pour la simple découverte.

Windows 8, trop de flicage

Chemisier pimpant et austère tour d’ordinateur à ses pieds, Nadine appartient à la première catégorie des convaincu·e·s. La quinquagénaire est venue se faire installer Mageia, un système d’exploitation GNU/Linux, un choix philosophique, le côté pratique n’était pas la première volonté. Je fréquentais des cours du soir en informatique, on sentait que le professeur était un peu pour le libre. Windows 8 a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, il y a trop de flicage. J’ai cherché à installer Mageia et j’ai carrément galéré. Un gentil bénévole du PSL a installé l’OS sur son netbook et la lourde tour qu’elle a apportée – je ne recule devant rien, plaisante-t-elle. Il va ensuite lui montrer comment naviguer dans la distribution. Je me dis que cela risque d’être ardu mais dans un mois je ne serai pas toute seule, se rassure-t-elle.

Elle conserve toutefois Windows 8 pour son fils par exemple qui ne comprend pas pourquoi j’abandonne cet OS. Elle l’a amené ce samedi, en vain : le fiston a vite décampé. Son attitude n’est pas une exception : au grand regret de Nadine, les gens qu’elle essaye de convaincre ne sont guère sensibles à ses arguments.

Connaître le libre fait bien sur le CV

La démarche de Marie, une jeune codeuse, est plutôt pragmatique : connaître le libre fait bien sur le CV. Je me suis inscrite à des associations de défense du libre pour me former, plus on multiplie les expériences, plus on apprend. Elle a sorti de son sac le diable incarné pour un·e libriste, avançant sous ses beaux atours designés, comprendre : un Mac. L’occasion de compléter les compétences des bénévoles : C’est ma première installation sous Mac, lance Héraclide, cela demande plus de préparation.

Marie aimerait bien que tout le monde soit sous logiciel libre, sans faire de prosélytisme : Le logiciel libre est un outil pour moi, pas une cause, je n’ai pas la flamme. On ne peut pas forcer les gens. Elle n’en a pas moins des considérations politiques : quand les révélations de Snowden sont sorties, elle a fait waouu ! J’ai adhéré à encore plus d’associations, comme l’AFUL. Pour autant, affirme Olive, Snowden n’a pas été un marqueur pour les PSL, ça l’a été pour les thématiques des conférences des Ubuntu parties.

Il est probable que l’amélioration de l’ergonomie des distributions ait davantage joué : il ne faut plus être expert·e en informatique pour utiliser les principales versions grand public. C’est assez intuitif, juge Marie, et il y a souvent une forte communauté avec des tutoriels en ligne. Olive confirme : Nous avons installé un web café aux Vieilles charrues sous Ubuntu, très peu de festivaliers disent que c’est compliqué. Si les usages de base sont user-friendly, il reconnait que les fonctionnalités plus rares peuvent donner du fil à retordre. Plus c’est utilisé, plus c’est susceptible d’être amélioré par une société avec un souci d’ergonomie, indique-t-il, c’est le job de Canonical avec Ubuntu.

Éviter les débats trollesques

Ubuntu fait grincer des dents certain·e·s libristes pur·e·s et dur·e·s, des trolls diront certain·e·s, comme le milieu en recèle : gare à vous si vous confondez logiciel libre et open source, alors que d’un point de vue juridique, les licences sont très proches, comme le précise l’AFUL : Une licence est libre lorsqu’elle garantit à l’utilisateur du logiciel un certain nombre de libertés fondamentales. Pour la Free Software Foundation, ces libertés sont au nombre de 4 [...]. L’Open Source Initiative définit quant à elle 10 critères, inspirés du contrat social de Debian et qui, dans la pratique, recoupent le plus souvent ceux de la FSF.

Ces puristes donnent une image fermée du mouvement qui peut faire peur aux néophytes, à l’image du « père » du logiciel libre Richard Stallman. C’est sûr que quand il a déclaré qu’il fallait arrêter Ubuntu parce que c’est un spyware, ça nous a ennuyé, commente Olive. Du coup, les nombreux bénévoles néophytes des Ubuntu parties débat vim – emacs. Avec les habitué·e·s des PSL, le problème ne se pose pas, indique-t-il encore. On pouvait quand même lire à l’entrée un texte introductif qui dénonçait l’open source dès le premier paragraphe, au prix d’approximations juridiques.

Renforcement

L’événement évolue au fil des ans avec la communauté. Depuis un an, des cours d’initiation à Blender, un logiciel de modélisation 3D se sont ainsi greffés. Des conférences régulières devraient être mises en place, car elles sont actuellement trop concentrées sur les Ubuntu parties.

Paradoxalement, alors que le libre est accueilli comme un roi au Carrefour Numérique², ses propres employé·e·s sont sous Windows pour leurs postes de bureau, à leur grand désarroi : à quand un PSL interne ?

Sabine Blanc

Photo de l’ordinateur : CC-By-SA Bumblebee

2 commentaires

  1. Oh oui, à quand un PSL interne !

  2. adrien schwarz

    Longue vie au PSL et à tous ses bénévoles et merci Sabine pour le papier !

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