Random Bazar, joyeux mélange de jeux vidéo, art et hacking

Pour sa seconde édition, le festival Random Bazar a élu domicile au Carrefour numérique², avec son cortège d’expérimentations vidéoludiques et d’ateliers sentant bon l’étain fondu.

Créé il y a deux ans par une association rassemblant artistes, bidouilleur·se·s et fans de culture vidéo ludique, l’événement a pour thématique centrale le jeu vidéo expérimental. Antoine Herren, co-organisateur du festival, nous en dit plus. L’idée principale est de croiser le jeu vidéo avec différents domaines artistiques, techniques mais aussi avec les sciences humaines comme la philosophie ou la politique, explique-t-il. On veut à la fois présenter au grand public et aux grands curieux des installations innovantes, mais aussi créer un espace convivial avec de la musique chiptune, des ateliers ou des conférences.

Côté démonstration, le Random Bazar se distingue des autres évènements grâce à ses jeux vidéo expérimentaux. Dans l’exposition ALT CTRL, il était possible d’essayer les productions issues d’une game jam qui a eu lieu en septembre dernier et qui était centrée sur les jeux à contrôleurs alternatifs. Les visiteur·se·s pouvaient par exemple piloter un rover martien à deux pattes grâce à un assemblage de trois joysticks, participer à une course de moto en mimant le bruit du moteur dans un micro ou bien finir un jeu de plateforme en faisant claquer le volet d’une disquette !

Pour Antoine Herren, ces dispositifs doivent permettre de démystifier la manette mais aussi de réintroduire un aspect collaboratif et convivial autour du jeu vidéo. Une manette ou un clavier, ça fait toujours peur aux non joueurs car ça demande un temps d’adaptation et d’apprentissage, explique-t-il. Les jeux qui ont été faits pendant la game jam ont donc pour objectif de raccourcir le temps d’apprentissage au maximum pour être amusants le plus vite possible. D’ailleurs si on regarde les publicités pour les vieux jeux des années 70 ou 80 comme Pong, on avait des joysticks très simples et les joueurs étaient représentés par des adultes de quarante ans. C’était un vrai loisir transgénérationnel.

Dans la salle Agora, assombrie pour l’occasion, c’était l’exposition lumière et ses installations ludiques et lumineuses qui prenait le relais. Parmi les installations, on pouvait essayer notamment Line Wobbler, une sorte de jeu de plateforme en une dimension se déroulant sur un fil de Led ou bien encore l’étonnant Palympseste, qui demande au joueur de s’orienter dans un labyrinthe virtuel en utilisant un masque possédant plusieurs filtres de couleur. Si certaines installations font appel à des techniques plutôt pointues comme le vidéo mapping (la projection en 3D) pour « Conscience », d’autres œuvres faisaient la démonstration qu’il est tout à fait possible de faire du jeu vidéo multijoueur, sans aucun recours à la vidéo. Ainsi, Living Orb, une espèce de jeu d’adresse utilisant des Led qui se réfléchissent dans un miroir infini et Papertronics, qui permet aux utilisateur·trice·s de créer leurs propres jeux avec des feutres de couleur, prennent le relais de précurseurs comme J.S. Joust, une sorte de « jeu de chat » qui se jouait uniquement au son et avec les interfaces Playstation Move.

Côté atelier, la majorité des activités étaient tournées vers la musique. Le collectif Dataglitch, par exemple, avait notamment investi une large table du Fab Lab pour faire jouer des perceuses et des fers à souder sur des jouets électroniques. Depuis 2008, cette association pratique une technique de hacking appelée circuit bending, qui consiste à court-circuiter ces objets électroniques et sonores pour créer des sons nouveaux et étonnants. Les fans de Nintendo n’étaient pas en reste avec un atelier chiptune mené par Matt Blatte du groupe Please Lose Battle.

Enfin, les conférences proposées pendant l’évènement finissaient de relier le jeu vidéo à la réflexion technique comme sur les intelligences artificielles, mais aussi politique et même philosophique avec cette étonnante conférence de Julien Annart appelée « buter du zombie à coup de concept : jeux et éducation populaire à la philosophie ». Cette dernière commençait par un jeu de rôle en groupe demandant aux participant·e·s de prendre des décisions déchirantes à l’unanimité, dans un contexte de survie. La conférence se clôturait sur une grande discussion sur les thématiques philosophiques mises en lumière par le jeu. Enfin la journée du samedi s’est terminée avec un retour sur la Médiajam, la game jam du site d’information Médiapart qui a eu lieu en octobre dernier et qui avait permis la production de huit jeux en 48h, sur le thème de la politique et de la démocratie.

David-Julien Rahmil

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