Premier test grandeur nature du Fab Lab

Début novembre 2013, le Fab Lab a enfin opéré en configuration réelle : ateliers d’initiation sur réservation, usager·e·s habitué·e·s et gens de passage. Soit une ébauche de communauté à consolider sur le long.

On ne gigote pas près des machines !, lance Thierry aux deux adolescents qui s’agitent devant la découpe vinyle. Am, stram, gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am, stram, gram, toi, viens refaire la manipulation. Felix, un des remuants collégiens s’exécute volontiers et file derrière l’écran de l’ordinateur : il s’est inscrit de lui-même aux ateliers d’initiation du Fab Lab du Carrefour Numérique², avec deux camarades, Emilio et Aminata. Ces initiations tout public en groupe de huit maximum, d’une durée théorique de quatre heures, servent à faire découvrir le concept de Fab Lab et le fonctionnement d’une machine.

Se tromper, c’est autorisé

Nos trois élèves ne sont pas tout à fait des néophytes : ils ont découvert le concept lors d’une visite avec leur classe inscrite au programme Cité en alternance, destiné aux classes de ZEP. Ce qui leur plait ? La découpe vinyle !, s’exclame Aminata. Les trois jeunes n’ont pas de projet pour l’instant, ils veulent d’abord découvrir ces machines qui exercent sur eux un pouvoir de fascination certain, malgré les couacs. La découpe vinyle est récalcitrante, les lettres se découpent mal : Se tromper, c’est autorisé, (se) rassure Thierry, tant que vous ne vous mettez pas en danger ou les autres. Comme les autres médiateur·trice·s, Thierry a dû apprendre en peu de temps à maîtriser les machines, une évolution de son métier, et il faudra encore un peu de rodage. Avec un peu de patience et quelques coups de cutter, le groupe finit par arriver au but, le mot «  Fab Lab » découpé dans du vinyle orange fluo.

À côté, Olivier fait découvrir l’usage de la découpe laser. Le fichier est prêt, c’est parti pour une minute trente de découpe et de gravure. Massé autour de l’engin, le petit groupe observe se dessiner un mot, puis un cadre rectangulaire être tranché autour. Olivier répond à quelques questions techniques avant de poursuivre : Sylvia, je vous invite à positionner le laser avec la flèche au bon emplacement sur la plaque… Et c’est reparti pour un tour d’essai…

Pour le moment, ces initiations sont le passage obligé pour avoir ensuite un accès libre aux machines, pour des questions de sécurité. Mais il n’est pas certain que le système perdure : il serait plus cohérent avec l’état d’esprit du Fab Lab qu’il n’y ait pas de barrière à l’accès aux machines a priori et que cet apprentissage passe par les utilisateur·trice·s. De plus, certains ont déjà ce bagage technique. Sans compter que les gens inscrits ne viennent pas toujours, alors qu’il y a pour le moment de la demande.

Il faut découvrir les machines pour savoir ce qu’on peut en faire

En parallèle des initiations, le Fab Lab accueille aussi bien sûr d’autres visiteur·se·s. Un monsieur d’une cinquantaine d’années et son fils pénètrent, en quête d’informations. Ils tombent sur Isabelle qui leur fait la présentation. Le visiteur connait déjà les Fab Lab, il n’a pas de projet particulier mais une idée précise de sa démarche : Toutes les machines sont intéressantes, il faut les découvrir pour savoir ce qu’on peut en faire. Il faut commencer des projets progressivement, brique par brique. Isabelle le renvoie donc vers les ateliers d’initiation.

Un peu plus loin, Mohammed débarque complètement sur le sujet. Rachid fait l’introduction à cet enseignant en prévention-santé-environnement. Je suis très surpris, ça correspond à ce que je voulais : je rêve depuis deux ans de montrer à mes élèves le schéma du traitement des eaux, s’enthousiasme-t-il. Mes copains architectes ne savent pas faire une maquette ou n’ont pas le temps. Rachid lui indique les horaires des ateliers, je serai là sans fautes vendredi prochain, promet-il. Puis il poursuit tranquillement le tour des lieux, un peu intimidé : Je peux jeter un coup d’œil ?. Pas évident pour une structure perçue comme un musée d’aller à rebours du « pas touche » en vigueur dans ce type de lieux. La conversation ne tarde pas à s’engager spontanément avec Shannah, un jeune qui traine ses baskets et sa passion pour les engins volants ici depuis quelques mois, comme en témoignent des prototypes de quadcopter.

Lui-même ira à la pêche aux renseignements sur de l’électronique auprès de deux autres habitués : les frangins Fabrice et David, qui viennent presque tous les week-end au Fab Lab. Aujourd’hui, ils vaquent à perfectionner un Creeper grandeur nature, un monstre de Minecraft, entamé lors du week-end dédié à ce jeu vidéo fin octobre. Malgré leurs huit ans de différence, ces deux développeurs ont la même passion de la bidouille, et se partagent les tâches : à Fabrice l’électronique, à David la mécanique. C’est bien d’avoir un lieu grand, avec un budget conséquent, j’ai échangé avec celui de Lannion, ils sont en mode associatif, c’est plus serré, juge Fabrice. Par contre, le Carrefour Numérique² a les inconvénients d’une structure lourde, avec plus de contraintes sur la sécurité. Si les deux frères soulignent l’attrait de l’équipement, c’est surtout l’aspect communautaire qui leur plait. Et c’est tout l’enjeu pour l’équipe du Carrefour Numérique², par-delà les machines : bâtir une communauté.

Sabine Blanc

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