Petits fours et bidouille au baptême du Carrefour Numérique²

Mercredi 12 mars 2014, le Carrefour Numérique² a officiellement ouvert ses portes. Des ateliers étaient proposés par la communauté qui a commencé à s’ébaucher autour de ce lieu à deux facettes, Fab Lab et Living Lab.

Rachid a mis son costume de mariage !, s’amuse Adrien, qui n’est pas en reste avec sa chemise à col un peu raide qu’il a déjà prévue de faire tomber plus tard. Il n’y a pas que les garçons sur leur 31 par ce beau mercredi de mars, Laurence a mis sa ceinture faite maison, Mélissa a troqué les jeans pour un élégant sarouel. C’est que c’est aujourd’hui le jour J, l’inauguration officielle du Carrefour Numérique² ouverte à tous, les habitué·e·s, les néophytes et quelques officiel·le·s, dont Claudie Haigneré, la présidente d’Universcience, et des collègues du réseau de centre de sciences Inmédiats, lauréat de l’appel à projet qui a permis le financement des nouveaux services. Ils ont défilé tout l’après-midi dans un joyeux brouhaha sonnant bon la bidouille et le jeu.

Pour l’occasion, la communauté et l’écosystème qui se construit depuis quelques mois a été sollicitée. Dans l’espace Living Lab, des membres du club de robotique AFV ont ainsi monté une course de robots LEGO Mindstorm animés via un billard hollandais. David, un des jeunes membres, nous explique comment ça marche :

[Vidéo] Course de robots Mindstorm

Dans le grand couloir central inondé d’une lumière orange chaleureuse, de douces et doux adeptes d’un nouveau culte vous invitent à les rejoindre : ce sont les kopimistes de la BlackBoxe, un hackerspace parisien. La religion Kopimi, reconnue en Suède, repose sur un credo simple : partageons les données. Leur autel ? Un vieux robot émettant le bruit d’un modem 56 ko, ou bien une étroite table recouverte de noir ornée d’un morceau de cuir gravé d’une tête de pirate. Dessus trône une petite caisse pleine de trésors culturels déposés par le public via une clé USB, une « hostie usb-esque » que l’on récupère de façon aléatoire. Vite, cachons cela du service juridique… Contrairement à sa sœur la PirateBox, le système fonctionne aussi sans ordinateur.

Dans la partie Fab Lab, Floriane est venue faire bénéficier les visiteurs d’un savoir-faire plus classique, la couture, dans le cadre d’un atelier « fais ton doudou ». Cette utilisatrice récente du Fab Lab se sert de la découpe laser pour fabriquer des costumes. Aujourd’hui, elle accompagne Emilien, un petit bonhomme qui découvre le lieu en même temps que sa grand-mère Anne-Marie, et se débrouille fort bien :

[Vidéo] Atelier couture

Le temps lui manquera pour finir la peluche mais il a déjà l’intention de prolonger la visite une autre fois. Celle qui compte bien faire d’autres sauts ici, c’est sa grand-même : Je viens d’appeler mon mari pour lui dire qu’on devrait revenir, mais sans les enfants !

AtelierCouture

À côté, on retrouve les incontournables imprimantes 3D, un véritable attrape-visiteur·se·s. Il faut dire qu’il a de la gueule le modèle vintage en bois sombre de Louis Mariani. Cet enseignant à l’école d’architecture de Paris-La Villette connait bien le Fab Lab puisque son école a signé une convention avec la Cité des sciences, pour que les étudiant·e·s y viennent quatre matinées par semaine. Je les fais travailler sur des maquettes 3D. Le lieu est convivial, les étudiants y sont relativement à l’aise, l’expérience mérite d’être étendue. Il y traine aussi sur ses temps de loisir : Par passion j’ai développé des imprimantes 3D, je peux les regarder des heures fonctionner. Et tant pis si la bête est parfois récalcitrante :

[Vidéo] Imprimante 3D

Découpe vinyle, imprimante 3D, découpe laser, les machines-outils à commande numérique attirent et un des enjeux est de remettre la technique à sa place, comme l’explique David Forgeron, le Fab Lab manager « en chef », entre deux palabres avec un officiel en costume : La technique n’est qu’un outil qui va servir un projet, en elle-même, elle ne sert à rien, répète-t-il. C’est aussi l’objectif de l’autre partie du Carrefour Numérique², la moins palpable, le Living Lab. Nous développons avec le monde de la recherche, de l’éducation, les entreprises et les utilisateur·trice·s des scénarios d’usage pour les tester, les évaluer et porter un regard critique dessus, explique Laurence, qui le supervise.C’est une démarche de rupture, les entreprises doivent être prêtes à se mettre en danger.

Le Fab Lab, rappelle aussi David, est là pour démystifier la technique, montrer que chacun peut se l’approprier, même s’il faut parfois y passer du temps, à une époque où on consomme de la technique, on achète, on jette quand c’est cassé. Parvenir à toucher des personnes moins favorisées que les étudiant·e·s en design ou en architecture qui hantent déjà les lieux, voilà un autre défi : Nous collaborons avec des structures qui travaillent déjà avec des publics éloignés des sciences et techniques, l’école de la seconde chance, les antennes jeunes, indique David. Il faut proposer des projets qui ne sont pas centrés sur la technique mais sur les usages, comme la customisation et la personnalisation, estime-t-il.

Vaste programme, mais l’équipe est au taquet, sa mutation semble bien digérée et elle dispose de moyens confortables, de bons atouts pour affronter sereinement l’attention nouvelle portée sur l’ancienne cyberbase : le Carrefour Numérique a gagné un ² et des atours bien plus sexy, qui attirent l’attention jusqu’au sommet de l’État. Mais maintenant il est l’heure d’ingurgiter des petits fours et de faire tomber la chemise pour entamer une techno-gigue avec Claudie Haigneré… ou un robot.

Sabine Blanc

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