Interview de Bela Loto, coordinatrice de Point de M.I.R

À l’occasion de la première édition du festival « Environnement et numérique », organisé par Point de M.I.R, la Maison de l’informatique responsable, nous avons interviewé Bela Loto, coordinatrice de Point De M.I.R.

On commence à avoir un éveil de conscience sur le sujet de l’environnement et du numérique. Cependant cet éveil reste négligeable. Pourquoi ?

Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, c’est un sujet qui est pris en compte de manière très récente. Le numérique débordant tel qu’on le connait est un phénomène récent. Les spécialistes ont commencé à faire le lien avec l’environnement depuis seulement 2007. C’est logique que le grand public n’ait pas encore vu la vague arriver.

La seconde raison, c’est que le numérique représente une pression de confort. C’est un tel bénéfice que ça nous empêche de raisonner. On peut faire la marche sur le climat le samedi et être tout autant accroc a son smartphone le reste de la semaine. Même si on commence à comprendre qu’il y a un rapport entre environnement et numérique, on n’est pas encore passé à l’acte.

Est-ce que nos appareils électroniques sont bien recyclés en France ?

C’est une bonne question et la réponse est : oui et non. Il y a une confusion qui est très courante parmi le grand public entre les termes « collecte » et « recyclage ».

On a des éco-organismes qui sont là pour organiser la filière, gérer les collectes et qui sont financés par notre écoparticipation à chaque nouvel achat. Mais malgré ces filières, la communication est très mauvaise auprès du grand public et la plupart des gens ne savent pas ou mettre ce qu’on appelle les D3E. Ils les mettent n’importe où dans la rue alors qu’il existe des bacs de collecte officiels.

Concrètement il y a une grande moitié des déchets qui échappe à ça et qui part dans des pays étrangers, notamment des pays pauvres comme le Ghana. On trouve là-bas de grandes décharges qui récupèrent des containers entiers de matériel usé. Ce sont de véritables mafias qui s’organisent pour exporter ce matériel toxique hors de nos frontières. C’est totalement illégal.

Comment réduire son impact numérique ?

Le geste le plus important, c’est d’allonger la durée de vie de ses appareils, pas seulement des smartphones. Il faut aussi penser aux postes de travail et c’est le nerf de la guerre. Nettoyer ses mails, ça n’est pas suffisant. Le fond du fond c’est de garder un téléphone portable pendant quatre ou cinq ans. Si on veut racheter un appareil, il vaut mieux prendre de l’occasion ou du reconditionné. Ça donne une deuxième chance à l’appareil.

On peut aussi proposer un acte majeur, qui est de prendre soin de ses appareils. Le portable c’est fragile, on s’en occupe, on ne le fait pas tomber, on le répare quand l’écran est fissuré et surtout on le protège pour qu’il dure le plus longtemps possible. C’est un appareil sophistiqué, il ne faut pas aller aux toilettes avec !

Enfin on doit arrêter de streamer en 4G sur le smartphone. Ça bouffe de la bande passante, c’est très énergivore et donc c’est mauvais pour la planète.

C’est pour ça qu’on essaye de nous vendre la 5G.

Ça va être encore pire, c’est sept fois plus énergivore que la 4G. On ne va pas dans le bon sens. On doit apprendre à arrêter de streamer sans limite tous les jours. On peut utiliser le wifi pour limiter l’impact.

Est-ce que les grandes marques pourraient prendre exemple sur le Fairphone ?

C’est une très bonne initiative, mais qui reste isolée. Je pense que les grands fabriquant ne changeront pas de cap tant que leurs clients sont d’accord pour exploiter les salariés chinois dans les usines et acheter des produits qui ne sont pas éthiques ou écoresponsables.

David-Julien Rahmil

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