Chappoppy

« Remplace un mot dans un titre de film par Poppy ». C’est l’un des défis qu’on s’est lancé pendant le week-end de construction de Poppy, les 3 et 4 avril 2015. Assez rapidement, après les classiques, j’ai commencé à faire le tour des films que j’ai vu récemment. Parmi eux, Chappie. Ce qui donne : Poppy. Pas brillant. Et c’est dommage, parce qu’il y a de nombreux parallèles à établir entre les deux personnages.

Attention, les passages entre crochets et en italique révèlent la fin du film.

De nombreuses réflexions suscitées par la robotique actuelle sont nourries par la science-fiction, rien de nouveau jusqu’ici. Mais entre Poppy et Chappie, il y en a une qui prévaut : celle de l’apprentissage. C’est ce qui va nous permettre de poser une notion fondamentale en robotique et pourtant source de beaucoup de confusion : la différence entre robot et intelligence artificielle.

Mais d’abord, un peu de contexte.

L’histoire de Chappie se passe à Johannesburg dans un futur proche. La police y est équipée d’agents robots. Quasiment indestructibles, ils sont la terreur des gangs de la ville. Leur concepteur est la coqueluche des médias, mais ce qui l’intéresse lui, c’est l’intelligence artificielle sur laquelle il travaille toutes les nuits une fois rentré chez lui. Alors qu’il réussit à boucler son programme, il cherche une structure pour l’héberger et porte son choix sur une carcasse de robot policier destinée au reconditionnement. Voici Chappie.

En tant qu’intelligence artificielle, Chappie a tout à apprendre. Comme un enfant, il doit apprendre à parler, marcher etc. En quelques heures, il a appris autant qu’un enfant de cinq ans, en une journée il est en pleine adolescence. Il est très vite bombardé d’impératifs et de questions philosophiques, découvre les concepts de mensonge, de promesse, de mort.

Les phases d’apprentissage sont très vite évacuées dans l’histoire mais on y retrouve les jalons classiques : l’imitation, le désir de plaire, la frustration, la rébellion, la créativité.

Quel rapport avec Poppy ?

Poppy est une plate-forme robotique multi-usages dont le but est d’aider la recherche à comprendre les étapes de l’apprentissage. On peut l’utiliser avec des simulateurs sur un ordinateur, avec des humanoïdes (ceux qu’on a utilisé ce week-end) ou avec des bras articulés (les ergo-robots). Avec la structure humanoïde (la plus connue), il s’agit d’étudier l’apprentissage de la marche. Poppy est aussi conçue pour apprendre d’elle-même, grâce à des programmes d’exploration par curiosité. On n’en est pas au stade de l’intelligence artificielle indépendante de l’humanité, mais on s’en rapproche.

De son côté, Chappie dépend de sa structure physique pour interagir, mais pas pour exister. À une nuance près : dans son cas, si la structure meurt (dans le film, une batterie défectueuse), que devient l’intelligence artificielle ? On ne peut pas simplement la reprogrammer ailleurs, elle reprendrait de zéro son apprentissage et l’expérience en moins, ce ne serait plus Chappie. Ce qui fait la différence entre Chappie et le programme du début du film, c’est la conscience de soi. [Notre intelligence artificielle finit d’ailleurs par résoudre le problème du transfert de conscience pour passer de manière autonome d’une structure à l’autre sans perdre sa personnalité.]

Si les robots sont une réalité, l’intelligence artificielle reste encore du ressort de la science-fiction. [Contrairement à Chappie, Poppy dépend de nous pour passer d’une structure à l’autre.] Sans humain pour programmer l’apprentissage, Poppy reste inerte. C’est pourquoi à la question récurrente dans nos événements : est-ce que Poppy/Nao/un robot peut faire ce qu’il veut ?, la réponse est oui, si la personne qui l’a programmé en a décidé ainsi… donc non.

En l’état actuel des choses, un robot c’est un logiciel, un programme. On a des robots sur les réseaux sociaux, des robots ménagers, des robots boursiers… Mais tous sont conditionnés et limités par des décisions humaines, même dans l’apprentissage. Une intelligence artificielle, ce serait la version évolutive de nos robots. Dotée d’autonomie et de conscience, elle peut apprendre par elle-même, s’affranchir de sa dépendance à l’humain et surtout, développer une individualité, des émotions. Ce qui relève encore de la fiction. Chappie est une forme possible d’intelligence artificielle, mais la science-fiction regorge d’autres exemples. Pour ne citer que des personnages de films : Samantha dans Her ou HAL dans 2001, l’odyssée de l’espace (qui ne possèdent pas de structure physique), Rachael et Roy dans Blade Runner (qui dépendent de leur corps pour survivre), David dans A.I. (qui développe un amour filial irréversible)…

Mélissa Richard

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