CartoBalade : la chasse aux pots d’échappement

En général, quand on sort faire une petite balade en ville, on cherche toujours les coins les moins fréquentés par les voitures, ces endroits tranquilles où il est possible de profiter du soleil sans respirer les pots d’échappement. Mais avec la CartoBalade, le Carrefour numérique² a fait l’inverse.

Quand on parle de la pollution, on évoque généralement les brouillards opaques de grandes villes surchargées de voitures ou les attaques de particules fines en période de canicule. Pourtant, loin d’être épisodique, la qualité de l’air est un enjeu du quotidien pour les citoyens. C’est ce qu’a voulu démontrer le projet de science citoyenne AirCitizen lors d’une journée d’expérimentation le 5 juin 2018, organisée avec CommUn Jeu.

Réunie dans le Living Lab, une dizaine de participant·e·s était venue découvrir les détecteurs de pollution portables élaborés par le Fab Lab Sorbonne Universités, pour l’équivalent d’une centaine d’euros de matériel open source. Équipé d’un GPS, d’un capteur optique de particules fines, d’un capteur de température/humidité, d’un écran LCD et d’une carte Arduino, l’appareil est contenu dans un boitier transparent pour que l’utilisateur·trice puisse connaitre ses composants. Le tout ressemble à un gadget bricolé par un savant fou. Mais une fois relié à une batterie portable, on peut cartographier la pollution au cours d’une balade.

Avant de partir à la chasse aux polluants, Malika Madelin, maître de conférences en Climatologie à l’Université Paris Diderot, prévient que les relevés que nous allons enregistrer ne sont pas les mêmes que ceux présentés par AirParif. Les stations AirParif sont très complexes, coûtent plusieurs centaines de milliers d’euros et ne sont pas situées sur les grands axes routiers, pour pouvoir donner des résultats qui sont pondérés, explique-t-elle. Nos capteurs sont low cost et mesurent directement la pollution émise dans les alentours immédiats. Si vous croisez la route d’un fumeur, vous verrez immédiatement la différence.

Une fois sur le parvis de la Cité des sciences et de l’industrie, la chasse aux particules fines commence. Ces dernières sont classées en trois catégories, explique Malika : les PM10, de la taille de 10 micromètres, les PM2.5, et les PM1 qui sont les particules les plus dangereuses car elles s’enfoncent profondément dans le système respiratoire. Les yeux rivés sur les petits écrans LCD, nous surveillons les pics de pollution comme des chasseurs de Pokémon. Le long des grandes avenues, au démarrage des voitures à un feu vert, ou au passage d’un camion ou d’un bus, les compteurs s’affolent. D’un taux de 15 à 20 microparticules par mètre cube en intérieur, ils passent facilement à 75 ou 80 en moyenne dans la rue et peuvent même faire des pointes à plus de 150 au passage des camions. Même les parcs avec des arbres et du vent ne sont pas à l’abri des petites particules. Mais c’est bien la présence de fumeur·se·s qui fait exploser les compteurs, faisant monter le taux de particules à plus de 3000 particules par mètre cube… Tout ceci reste cependant à relativiser, car ces mesures sont variables d’un minute à l’autre selon de nombreux facteurs spatiaux et environnementaux.

De retour de cette balade un rien anxiogène, les données stockées sur les cartes SD sont versées sur une application. Celle-ci permet de voir l’évolution des seuils de pollution en fonction du temps de la balade et localise les différents relevés sur une carte open source. Côté participant·e·s, si la sensation d’avoir fait de la science participative est bien présente, prendre conscience des particules fines présentes dans notre air donne à réfléchir : comment agir individuellement et collectivement pour la qualité de l’air ?

David-Julien Rahmil


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