Adapte ma thèse, récit d’une journée d’expérimentation

Le 21 avril 2017 s’est tenu au Carrefour numérique² l’atelier « Adapte ma thèse », organisé en collaboration avec l’École de la médiation et le Labex ICCA.

Réuni·e·s autour de la thématique du musée de demain, les participant·e·s avaient une journée pour imaginer et prototyper un dispositif permettant de répondre aux différentes thématiques explorées par les thèses présentées. Comme l’explique Noëmie Lozac’h-Vilain formatrice en médiation scientifique de L’École de la médiation et co-organisatrice du projet, l’idée principale est de permettre à des chercheur·euse·s et à des professionnel·le·s issu·e·s du monde des musées, de la communication, des startup ou du design, d’échanger ensemble autour d’une thématique tirée de différentes thèses.

Présentation des thèses

La journée a donc commencé par une présentation des six sujets de thèse par les doctorant·e·s : le contournement des interdits au musée dans le cadre des visites de public jeune en difficulté, par Pierre-Antoine Coene ; La question olfactive des collections pour Mathilde Castel ; les plateformes et le financement collaboratif pour Marie Ballarini ; la médiation culturelle et le handicap pour Cindy Lebat ; la place des femmes dans les musées pour Julie Botte et enfin la médiation à l’art et le jeune public de Dounia Lahoual. Vint ensuite la phase de brainstorming, pendant laquelle les participant·e·s avaient la possibilité d’écrire une ou plusieurs idées sur un post-it afin d’apporter des pistes de réflexion avant que les équipes se mettent en place. Divisé·e·s en six groupes, Il·elle·s ont eu cinq heures pour proposer un dispositif concret qui répond aux problématiques des thèses.

Sortir des laboratoires

Confronté·e·s pour la première fois à la possibilité d’échanger sur leur thèse et même de produire un dispositif concret, les doctorant·e·s ont tou·te·s été largement satisfait·e·s par l’engouement suscité par leurs travaux. Faire une thèse peut être démotivant à la longue, indique Marie Ballarini. C’est frustrant de travailler sans contact et de ne pas avoir de résultats concrets. En venant ici, j’ai l’impression que mon travail sort du laboratoire. En plus ça m’apporte beaucoup d’idées auxquelles je n’avais pas pensé. Pour Mathilde Castel, il s’agit d’une véritable bouffée d’air frais. c’est une initiative qui nous permet de rencontrer des pro du secteur et leurs retours nous confortent dans notre travail. ça donne vraiment un côté fun à la recherche. Même si on va sur le terrain pour interroger les gens, notre travail manque toujours de concret et dans cette journée on peut travailler sur des vraies solutions, précise de son côté Dounia Lahoual. Après une longue journée passée à manipuler les idées et à fabriquer des présentations de projets avec des Lego ou encore des kits de tomettes, les équipes ont finalement présenté leurs résultats vers 16h30.

Intégrer les interdits

C’est l’équipe de Pierre-Antoine qui commence avec des outils à destination des médiateur·trice·s et des professeur·e·s qui accompagnent les publics adolescents dans les musées afin de favoriser leur accueil. L’idée générale consiste à adapter le musée au public en amont de la visite, afin de contourner les interdits et mieux les intégrer. Dounia Lahoual et son équipe passent en second avec un film en stop motion réalisé à partir de pièces de Lego. Il montre comment le jeune public pourrait suivre un scénario ludique lui permettant de s’approprier la visite par l’intermédiaire d’un jeu de rôle ou d’une chasse au trésor. La session se termine par une restitution sous forme de rébus permettant de réaliser un scénario de film.

La place des femmes

Pour répondre à la problématique de la place des femmes dans les musées, Julie Botte et son équipe ont mis les choses à plat : puisqu’il n’existe pas de musée des femmes en France, il·elle·s ont réfléchi sur des formats d’exposition permettant d’interpeller les visiteur·se·s sur l’absence de femmes. l’une des solutions consiste ainsi à renverser les stéréotypes en faisant tisser une statue d’Hercule ou en montrant plus de nus masculins dans les œuvres. Cacher les œuvres réalisées par les hommes au musée du Louvre pour révéler le peu de place laissée à celles des femmes est aussi une solution envisagée. L’équipe de Marie Ballarini a quant à elle présenté son dispositif de financement participatif intitulé « art’gens », permettant notamment de financer des projets spécifiques en plus d’un achat de billet, en plaçant des jetons dans des urnes destinées à cet effet ou bien avec un système de billets suspendus (achat d’un billet supplémentaire, mis à disposition d’une personne qui n’a pas les moyens de payer sa place).

Les odeurs au musée

Sur l’odorat et les musées, l’équipe de Mathilde Castel a produit un projet permettant aux visiteur·se·s d’utiliser leur odorat en plus de leur vue pendant une visite. Mis en face d’une vitrine opaque il·elle·s doivent deviner, via un écran tactile, l’objet qu’il·elle·s sentent grâce à un tuyau soufflant de l’air depuis l’intérieur. Une fois l’objet choisi, le rideau s’ouvre montrant le véritable sujet d’exposition. Enfin, l’équipe de Cindy Lebas a présenté un projet d’application pour les personnes en situation de handicap semblable à un réseau social, sur lequel on échange des émotions via un enregistrement sonore, écrit ou vidéo. l’appli permet aussi de se mettre en relation avec un guide qui fera pour le·a visiteur·se une visite personnalisée.

Cette première expérience a-t-elle été un succès ? De l’avis de tou·te·s, elle a surtout permis de libérer des énergies créatives qui ne manqueront pas d’inspirer les doctorant·e·s et les professionnel·le·s présent·e·s ce jour-là. Elle a surtout eu le mérite de rendre un peu plus concret le travail de recherche qui reste trop souvent enfermé dans des laboratoires. Quand au Carrefour numérique², il n’en a pas terminé avec la muséologie puisque le Living Lab a lancé un appel à résidence pour le Muséo Camp, qui à partir du mois de juillet permettra aux participant·e·s sélectionnés de travailler sur des projets tournant autours des musées nouvelle génération.

David-Julien Rahmil
Photos : Arnaud Robin – EPPDCSI

Laisser un commentaire

Le site "Carrefour numérique², qui veut du rab'?" fonctionne avec WordPress.
Ce site a été développé par Jérémie Cousin à partir du thème Imbalance2.
se connecter